Troubles bipolaires, schizophrénie, troubles du spectre de l’autisme, dépression chronique, toc… Les maladies mentales touchent plus d’une personne sur cinq et devraient devenir la première cause mondiale de handicap en 2020, selon l’Organisation mondiale de la santé.

Alors comment est-ce possible que les maladies mentales soient encore si stigmatisées aujourd’hui ? Pour 45 % des Français interrogés, les patients atteints de pathologies psychiatriques seraient dangereux pour les autres. Tristesse.

"Heureux soient les fêlés car ils laisseront passer la lumière." Michel Audiar.

“Il est plus facile de briser un atome que de briser un préjugé”, disait très justement Albert Einstein. Les personnes atteintes de maladies mentales sont dix fois plus victimes d’actes criminels qu’ils n’en sont les auteurs. Pourtant et malheureusement, la dangerosité supposée des patients est une idée reçue solide concernant les maladies mentales, et ni les médias ni le cinéma n’y sont étrangers. 

Dans près de 6 articles de presse sur 10, la "schizophrénie" est employée pour désigner tout autre chose que la maladie. En cause : une véritable méconnaissance de la pathologie, appuyée par des articles mettant en avant le caractère “spectaculaire” des quelques actes criminels. Des actes pourtant très rarement dus à la maladie elle-même, mais davantage aux addictions aux drogues ou à l’alcool. Mais la peur fait vendre alors qu’à cela ne tienne, dressons des portraits irréalistes de ces “fous” pour se divertir, au détriment des malades. 

crazy homer simpson GIF

  • "Culture pop et psychiatrie"

    Jean-Victor Blanc, médecin psychiatre à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, tient depuis le début de l’année 2018 des conférences sur le thème "Culture pop et psychiatrie" avec l’objectif de sensibiliser à l’importance de la représentation des troubles psychiques dans l’espace public. 

    Pour OCS Story, il explique : 

  • "Non je ne veux pas finir comme dans le film avec Jack Nicholson !"

    Pourquoi aborder le sujet du cinéma concernant la reconnaissance et la connaissance des maladies psychiques et psychiatriques ? Parce que le cinéma rassemble, contrairement aux documentaires ou à la littérature, le 7e art est un pilier en termes de communication au plus grand nombre, puisque sa portée populaire est réelle. Le cinéma touche toutes les émotions, il n’est donc pas sans conséquence à ce sujet. 

    L’idée d’utiliser la pop culture pour parler de la santé mentale de manière moins anxiogène et plus positive est fondamentale pour que les jeunes perçoivent leur maladie sous un autre angle, et acceptent le traitement adéquat. 

    (Extrait de "Happiness Therapy" avec Bradley Cooper et Jennifer Lawrence)

    jennifer silver GIF

    "En proposant une hospitalisation à un patient qui devait avoir une vingtaine d’années, il m’a répondu : ‘Non je ne veux pas finir comme dans le film avec Jack Nicholson !’" expliquait également le Dr Blanc, preuve en est que même 40 ans plus tard, “Vol au-dessus d’un nid de coucou” résonne dans la conscience collective.

    Anecdote non dénuée d’intérêt pour le tournage de ce film : l’histoire fut filmée dans un véritable hôpital où l’on recherchait des acteurs et des figurants au physique atypique. L’équipe de tournage s’est alors posé la question de faire appel aux malades présents sur place pour prendre les rôles des figurants, mais abandonnèrent l’idée, faisant le constat que ces gens avaient l’air bien trop “normaux” pour être crédibles à l’écran. 

    Ainsi les patients ne sont plus seulement stigmatisés pour leurs maladies, mais aussi pour leurs caractéristiques physiques. Finalement, de quel côté se place la folie ? 

    © Vol au dessus d'un nid de coucou
  • Basculer dans la folie

    Dre Marie-Ève Cotton, psychiatre à Montréal, explique que les réalisateurs accentuent les traits des personnes atteintes de maladies mentales pour nous protéger d’un mal commun à tous les êtres : la peur de basculer dans la folie. Elle explique que si l’on ne parvient pas à s’identifier à ces personnages exagérés, alors on s’empêche en quelques sortes d’accentuer cette peur. Malheureusement, cela a des conséquences pour les vrais malades, qui eux, souffrent d’être marginalisés et perçus comme ces personnages irréels, au comportement troublant. 

    Le docteur en psychiatrie Guillaume Fond, enseignant à l’Université Paris-Est et chercheur INSERM, complète : 

    “Je crois tout d’abord que le cinéma donne une représentation erronée de la maladie. Sauf peut-être le film Un homme d’exception, même si cela concerne un prix Nobel et si le film reste plutôt triste. De toute manière, les représentations de la maladie mentale en général souffrent d’une stigmatisation. La dépression est ainsi perçue comme une faiblesse. La schizophrénie est perçue comme un danger. La schizophrénie n’a absolument rien à voir avec le dédoublement de personnalité. J’irai même plus loin en affirmant que le dédoublement de personnalité n’existe pas. Sur le plan clinique comme sémantique, cela n’a aucun sens de dire ça. En réalité, l’expression « dédoublement de personnalité » est une représentation erronée, romanesque et cinématographique. Elle ne correspond pas à la réalité.” 

    funny face eye roll GIF

  • En effet, même lorsqu’on prend les scènes de cinéma les plus cultes se déroulant dans les asiles psychiatriques, on assiste à des singeries grossières qui ne reflètent pas du tout la réalité des patients. Prenons pour exemple “l’armée des 12 singes”, où Bruce Willis pénètre littéralement chez les fous et rencontre un Brad Pitt déluré ; en arrière-plan, des hommes et femmes vont et viennent, débraillés et agares, répétant les mêmes gestes dénués de sens. 

    Le film a tout de même une bonne quinzaine d’années, alors on est en droit de se demander si en 2019, les réalisateurs ont à coeur de représenter le soin des malades d’un point de vue plus fidèle à la réalité ? 

    Des films comme Hapiness Therapy, bien qu’abordant la bipolarité d’un point de vue non médical, permettent de s’attacher au personnage et de le percevoir d’un point de vue plus représentatif et concret, de la maladie. Bradley Cooper a d’ailleurs pris cela à coeur :

    "Je ne voulais pas jouer Pat, mais être Pat. Du coup, j’ai dû me livrer à une étude très détaillée du personnage. J’ai visité pas mal d’hôpitaux psychiatriques, vu des documentaires sur le sujet. David O’Russell m’a aussi beaucoup parlé de son fils psychiquement fragile. Mon imagination a fait le reste", précisait-il au Nouvel Obs. 

    Ce film rassure dans l’univers d’un cinéma qui ne traite presque jamais de la psychiatrie sous l’angle de la guérison.

  • Carrie Mathison, son trouble bipolaire au service de la CIA
    © Homeland
  • Comme Happiness Therapy, on va traiter de la bipolarité avec brio dans Homeland, la série à suspens d'HBO. Contrairement à Bradley Cooper, qui est totalement handicapé par la maladie dans le film, Claire Danes aka Carrie Mathison, une brillante analyste au chevet de la CIA, va s'épanouir, se voir attribuer un job à forte responsabilité pour la sécurité de son pays. Un contre pied parfait de ce que l'on retrouve à Hollywood depuis les années 50.

    "Dans la série, on comprend un peu mieux les effets du trouble bipolaire et comment on peut y faire face."

     

    La maladie de Carrie ne dirige pas sa vie. Ce constat donne vraiment des alternatives crédibles pour les futurs réalisateurs qui souhaiteraient intégrer des personnages bipolaires dans leurs prochains films. Par exemple, pour rester autonome et maitre de son esprit, Carrie Mathison peut être super badass grace à une alimentation saine, une activité physique soutenue ainsi qu'un sommeil équilibré. Méthode de soin rarement mis en lumi!re mais qui remplace les lourds traitements qu'ingurgitent les bipolaires dans beaucoup trop d'oeuvres cinématographiques. 

  • On est sur la bonne voie.

    Même si il reste beaucoup de travail pour arriver à en finir avec les idées recues. Au même titre que toutes les causes défendues en ce moment pour plus d'égalité, il est de notre devoir de sensibiliser le public avec un partie pris moins anxiogène et plus théorique de la maladie mentale. On a encore du chemin à faire vis-à-vis d’un mal qui ronge 340 millions de personnes dans le monde ou 20% des français, au moins une fois au cours de leur vie : la dépression. Souvent perçue comme une faiblesse de caractère au lieu d’une véritable maladie, et dont le rétablissement ne trouve pas encore sa place au cinéma.

    Pour conclure, voici 10 films qui traitent de la maladie mentale avec préçision (Activez les sous-titres) :

Liker sur Facebook :

Afficher les commentaires